Quand la feuille d’ananas devient cuir, les agriculteurs se frottent les mains

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Image: Ananas Anam

Son fruit est fort appétissant, mais on ne pouvait en dire autant de la feuille. Couverte d’épines, on s’en débarrassait volontiers après la récolte. Mais les feuilles d’ananas se découvrent plusieurs vertus grâce à une entrepreneure : son piñatex s’est révélé une alternative écoresponsable au cuir animal.

16 plants d’ananas, soit quelque 480 feuilles suffisent à produire un mètre carré de piñatex. Cette alternative naturelle au cuir est fabriquée à partir de fibres de cellulose extraites des feuilles de l’ananas. Un substrat non tissé en résulte. Ensuite, la fibre est pelée et lavée, et finalement suspendue pour sécher. En découle également une biomasse qui peut être utilisée comme engrais organique dans leurs champs ou ailleurs. Fabriqué aux Philippines, il est ensuite envoyé en Espagne pour être traité.

L’industrie de l’ananas produit annuellement 40 000 tonnes de déchets globalement – uniquement pour ce qui est des feuilles. Ces dernières sont généralement brûlées ou laissés à pourrir dans les champs. Grâce à cette nouvelle activité, les agriculteurs d’ananas profitent dorénavant de la chance d’exploiter pleinement leurs cultures et d’obtenir une source de revenus supplémentaire. Ces derniers ont été formés pour s’occuper eux-mêmes d’extraire et de séparer les fibres longues de la feuille d’ananas.

Ce nouveau matériau se targue aussi d’arguments écologiques de taille: il est dégradable, contrairement au cuir synthétique qui est à base de pétrole.

Le piñatex s’est révélé très versatile. En effet, il est possible d’imprimer dessus, de le teindre en plusieurs couleurs et le traiter pour donner différents types de texture, de finition ou d’épaisseur. Ce nouveau matériau se targue aussi d’arguments écologiques de taille: il est dégradable, contrairement au cuir synthétique qui est à base de pétrole. De plus, la production de piñatex ne nécessite pas de sols supplémentaires, d’eau, de pesticides ou d’engrais puisque ce sont des déchets qui sont mis à contribution. Aussi, cette méthode élimine le recours au formaldéhyde et des métaux lourds utilisés dans la production du cuir animal.

L’idée de développer une telle matière germe dans la tête de Carmen Hijosa, une designer espagnole dans les années 1990. À l’époque, elle travaille comme consultante dans l’industrie de la maroquinerie. Elle remarque alors combien le cuir qui y est fabriqué est non seulement de mauvaise qualité, mais aussi insoutenable pour l’environnement. Lors d’un voyage aux Philippines, elle aperçoit des Barong Tagalog – une sorte de tunique traditionnelle portée par les Philippins. Dans sa version la plus noble, ce vêtement est tissé de fibre de feuille d’ananas. Ce tissu a l’avantage d’être bien adapté au climat chaud et humide des Philippines. Mais de par la complexité de sa fabrication à l’époque, il est coûteux, et le barong qui en est issu n’est porté que lors d’occasions exceptionnelles, tel un mariage. Il est alors plus communément fabriqué industriellement en lin, coton, lin-coton ou coton-polyester.

Mais Carmen Hijosa trouve une parade. Elle passe sept années à développer son produit pendant son doctorat. Ainsi, ce qu’elle nommera le piñatex est présenté pour la première fois à son exposition de doctorat au prestigieux Royal College of Art à Londres alors qu’elle a 62 ans. L’œuvre convainc suffisamment jusqu’à décrocher le titre de «Matériel le plus innovant» lors du Prix de la Fondation des Arts du Royaume Uni en 2016.

Du coup, de grandes sociétés ont été séduites y compris la multinationale allemande Puma – spécialisée dans les chaussures et vêtements de sport ou encore Camper, qui lance quelques prototypes. Fort de ce succès, Carmen Hijosa monte sa propre entreprise – Ananas Anam, aux Philippines. Aujourd’hui, l’utilisation du piñatex devient de plus en plus variée entrant dans la fabrication de housses d’ordinateurs ou de voitures ou encore de divans.

Ce matériau respectueux de l’environnement se révèle intéressant également sur le plan financier : il coûte entre 15 à 40 euros le mètre carré, ce qui équivaut au prix moyen du cuir animal.

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